Deux heures au Hill Golf Center !

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Je putte tous les jours. Chez moi, sur ma plaque, avec mon miroir Visio et mes deux picots métalliques, comme un moine qui récite. Je démarre la balle en ligne de façon quasi systématique, quel que soit le putter que j’ai en main. Je le sais, je l’ai vérifié, je me suis même construit une petite fierté là-dessus.

Et puis j’ai passé deux heures au Hill Golf Center, à Hossegor, et j’ai appris que je me racontais des histoires. Pas complètement. Mais suffisamment pour que ça vaille le déplacement.

Un centre indoor qui ne ressemble pas à un centre indoor

Soyons honnêtes sur le point de départ : j’ai un a priori tenace contre les structures indoor. J’ai passé trop d’heures dans des box à moquette grise, devant un écran qui affiche des carrys fantaisistes, avec une balle qui rebondit sur un filet et un capteur qui n’a jamais vu un vrai green de sa vie. Je suis un joueur de parcours. Je joue deux parcours par semaine, je vis dehors, et l’idée de payer pour taper dans un mur me met mal à l’aise.

Le Hill Golf Center m’a fait changer d’avis, et pas seulement parce que le café y est bon.

Le centre a ouvert en septembre 2019, tenu par les frères Scott et Michael Hill, rejoints depuis par Sébastien Berthou. Une histoire de famille et de copains, et ça se sent dès qu’on pousse la porte.

Côté matériel, le centre est équipé de quatre simulateurs Trackman, d’un putting green indoor de 80 m², d’un espace fitting et d’un bar où l’on peut prendre l’apéro après la séance — détail qui, chez moi, compte plus que je ne veux bien l’admettre. Sur le putting, ils travaillent avec PuttView et Capto. Ce sont exactement les outils qu’on retrouve dans les staffs de haut niveau, et le fait de les trouver réunis dans les Landes, à quelques minutes de l’océan, reste assez peu banal.

Pourquoi j’y suis allé

J’étais en vacances dans le coin, et j’avais un problème que je traînais depuis des mois sans savoir le nommer.

Depuis le printemps, mon putting est mon poste faible. Pas de façon catastrophique, mais de façon régulière, et les données Arccos ne me laissent aucune échappatoire : sur plusieurs parties, mon strokes gained putting est le seul secteur systématiquement dans le rouge, avec un pic de négatif dans les distances courtes et intermédiaires. J’avais aussi deux sensations bizarres. La première : à l’entraînement, en début de séance, la balle part à droite dans l’écrasante majorité des cas. La seconde : j’ai l’impression de faire une petite boucle dans mon stroke, par moments, sans arriver à la voir ni à la reproduire volontairement.

Ma conclusion personnelle était limpide. Je laissais la face ouverte à l’impact. C’était évident. C’était logique. J’en étais convaincu au point d’avoir commencé à raisonner matériel sur cette base, à réfléchir toe hang, à envisager des changements de putter.

C’était faux.

On a commencé par l’alignement

Premier point de la séance, et c’est logique : avant de regarder comment un joueur bouge, on regarde où il vise. Scott m’a fait poser des putts sans aucune aide, sans baguette, sans repère au sol, puis il a contrôlé.

Verdict : je m’aligne naturellement au trou, parfaitement, sans rien pour m’aider. D’après lui c’est assez rare — beaucoup de joueurs visent à côté sans en avoir la moindre idée, et passent une bonne partie de leur séance à réparer ça avant même de pouvoir parler du reste.

Ça tombe bien, parce que c’est une variable éliminée d’entrée et du temps gagné. On a donc pu aller directement là où ça devenait intéressant : le stroke lui-même.

Le Capto, ou l’art de démolir une certitude en huit minutes

Le Capto, pour ceux qui ne connaissent pas, est un capteur qui se fixe sur le putter et qui mesure tout : la face, le path, le loft, le lie, la vitesse, l’accélération, le point d’impact, la ligne de départ réelle. Ce n’est pas une impression, ce n’est pas un ressenti, ce n’est pas l’avis d’un copain derrière moi sur le putting green. Ce sont des chiffres.

Verdict après quelques séries avec Scott :

  • Face à l’impact : 1,5° fermée. Pas ouverte. Fermée.
  • Path : in-to-out.
  • Ligne de départ : 0,5°.

Autrement dit, je démarre effectivement la balle en ligne, ma fierté personnelle survit, mais je le fais en compensant : une face fermée, donc orientée à gauche, corrigée par un path qui part de l’intérieur vers l’extérieur, donc vers la droite. Les deux erreurs s’annulent presque. Le résultat est bon ; le procédé est bancal. Et mes fameux départs à droite ne viennent pas du tout d’où je croyais.

Les vrais défauts, mesurés, sont ailleurs :

  • une boucle au takeaway,
  • un deloft à l’impact,
  • une décélération avant la balle.

Trois défauts que je ne voyais pas, et surtout trois défauts qui se tiennent entre eux : la boucle décale le mouvement, le deloft écrase la balle au lieu de la lancer, la décélération finit le travail. On ne les corrige pas séparément, on les corrige ensemble. Et c’est exactement ce que Scott a construit sur le reste de la séance.

Ça, aucune quantité d’heures sur ma plaque à la maison ne me l’aurait donné. J’aurais pu putter tous les jours pendant deux ans de plus en travaillant consciencieusement le mauvais problème.

Le poids en tête, ou la deuxième moitié de la solution

L’autre axe de travail de la séance a été le poids.

La décélération avant impact est un défaut de mains. Plus les mains pilotent, plus elles cherchent à ajuster tard, plus le mouvement se ferme au moment où il faudrait qu’il traverse. La logique retenue avec Scott : alourdir la tête du putter pour que ce soit la masse qui fasse le travail, et que les mains aient beaucoup moins à dire.

Nous avons commencé par ajouter 10 g sur la tête du Phantom 9.2R pendant la séance, avec un objectif à 20 g au total. Les masses complémentaires sont arrivées le lendemain.

Et là je fais mon aveu de vieux bricoleur : je regripe et je remonte des clubs moi-même depuis plus de vingt ans, j’ai un swingweight scale, une balance, un établi, tout ce qu’il faut. J’ai passé des mois à comparer deux putters au gate, à égaliser les swingweights, à me demander lequel démarrait mieux la balle. Et il aura fallu que quelqu’un me colle un capteur sur le manche pour que je comprenne que le sujet n’était pas quel putter, mais combien de grammes et à quel angle.

Ce que ça a donné après

C’est là que ça devient intéressant, parce qu’un cours qui produit une belle courbe sur un écran mais rien sur le parcours n’a pas beaucoup de valeur.

J’ai joué deux parcours dans la foulée. Chiberta d’abord : globalement pas brillant. Mais deux ou trois putts, dans la journée, sont partis d’une façon que je n’avais pas ressentie depuis longtemps — cette sensation de balle qui roule toute seule vers le trou sans que j’aie eu à la piloter. Ça suffisait pour confirmer la direction. La Nivelle ensuite, nettement mieux.

Puis, rentré chez moi, j’ai poussé la logique de masse plus loin : j’ai remplacé les poids du Golo par deux poids de 20 g. Le putter s’est littéralement réveillé. Le toucher est bien meilleur, beaucoup plus consistant, et surtout mes mains travaillent visiblement moins. J’ai presque l’impression qu’il passe devant le 9.2R — et ça, c’est une vraie surprise : le Phantom est mon gamer depuis un an, il a fait toute ma saison, je n’avais aucune intention d’en changer.

Le grip est acquis, la position à l’adresse aussi. Je travaille avec la baguette à gauche pour verrouiller le takeaway. J’ai commandé un Plus Putt Path que je devrais recevoir dans quelques jours, et on verra ce qu’il apporte au dispositif.

Ce n’est pas gagné, évidemment. Une séance ne répare pas six mois de dérive, et il va falloir en faire beaucoup, beaucoup plus. Mais pour la première fois depuis longtemps, je travaille sur les bons paramètres, et pas sur ceux que j’avais décidé d’inventer tout seul.

Et surtout : c’est un endroit où on a envie de rester

Il serait dommage de réduire le Hill Golf Center à un capteur et à une série de chiffres, parce que ce n’est pas du tout le souvenir que j’en garde.

C’est avant tout un endroit vraiment sympa. L’accueil de Scott y est pour beaucoup : on est reçu comme un joueur, pas comme un créneau dans un planning. Il prend le temps, il explique, il ne cherche pas à me vendre une refonte complète de mon jeu ni le putter miracle du moment. On regarde les données ensemble, on discute, on essaie, on recommence. À aucun moment je n’ai eu l’impression d’être dans une salle de sport high-tech où le matériel parle à ma place.

L’ambiance du lieu y contribue aussi. On sent que c’est une histoire de famille et de copains, et ça donne quelque chose de détendu, de bienveillant, très éloigné de la raideur qu’on peut trouver ailleurs. Il y a un bar, une télé, des gens qui traînent après leur séance parce qu’ils n’ont pas envie de repartir tout de suite. J’en faisais partie.

Deux heures qui m’ont remis dans le bon sens sur mon putting, dans un endroit où j’ai passé un très bon moment. Difficile de demander mieux à une séance de travail, et je repasserai la prochaine fois que je serai dans le coin.

Hill Golf Center — Soorts-Hossegor, Landes. Ouvert du lundi au samedi, sur réservation. Simulateurs Trackman, putting green indoor, PuttView, Capto, fitting.

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